L'importance de revenir aux fondamentaux
Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, 22 novembre 2010.
Manipulation politique, incompétence réglementaire, individualisme ont miné les avantages traditionnels du deuxième pilier. Les caisses de pension doivent retrouver des valeurs sûres pour améliorer leur efficience.
Le grand atout de la prévoyance professionnelle réside dans le collectif, que les individus ne peuvent quitter que pour des raisons exceptionnelles avant l'âge de la retraite. Cette communauté de patrimoine extrêmement stable qui lie les salariés forme la surface portante d'une solidarité biométrique qui s'inscrit dans la durée. Elle permet d'équilibrer les écarts de durée de rente qui résultent d'espérances de vie différentes, les fluctuations des prévisions de rendement pour différents âges d'entrée et les variations de fortune durant des cycles de prévoyance qui divergent d'un individu à l'autre. Leur indépendance permet aux caisses de pension d'exploiter sciemment la loi des grands nombres. Enfin, de par leur constance, elles peuvent se payer le luxe de miser sur des stratégies de placement prometteuses à long terme sans être toujours totalement couvertes à la fin d'un exercice.
Le fait de jouer sur les avantages de la diversification et sur la solidarité des générations dans un collectif signifie entre autres que le taux de conversion des avoirs de vieillesse en rentes ne doit pas nécessairement coïncider à tout instant avec les conditions démographiques et économiques du moment. Les corrections ne s'imposent qu'en présence d'un déséquilibre structurel, par exemple quand les rendements ne répondent plus aux attentes à long terme, ce qui est précisément le cas au passage de stratégies de placement à fort rendement à des stratégies à faible rendement, qui risque de faire des institutions de prévoyance des instruments absurdes et sans valeur.
En cette époque de tension sur les taux de couverture, les caisses de pension constatent que leur système de prestations et de financement fondé sur des véhicules de placement à faible rendement leur échappe. Tous les scénarios impliquant des titres à revenu fixe sont annonciateurs de pertes persistantes et le grossissement de la bulle obligataire ainsi que l'aggravation des risques de contre-partie menacent la substance des placements. Les taux d'intérêt resteront sans doute très déprimés dans l'immédiat, ce qui confirme les chiffres fondés sur une longue expérience, à savoir que les obligations n'ont jamais permis d'atteindre le rendement nécessaire et qu'elles ont même infligé des pertes réelles à des économies importantes comme l'Allemagne, la France, l'Italie et le Japon.
En 1985, en pleine période de loyer de l'argent élevé, alors que les sources de revenus envisageables étaient les taux d'intérêt, les rendements locatifs et les dividendes, on a misé unilatéralement sur les taux, qui ont atteint dans l'intervalle un plancher historique. La LPP partait du principe que la rémunération interne devait s'aligner sur les taux du marché et l'augmentation des salaires. Le taux minimal LPP a été fixé à 4% à l'époque puis corrigé à la baisse par le Conseil fédéral à mesure que les taux d'intérêt diminuaient. En conséquence, un fossé s'est creusé entre les bases de calcul des rentes en cours et la rémunération des avoirs des assurés actifs.
Depuis, il est manifeste que les prestations LPP initialement prévues ne peuvent pas être financées par des taux d'intérêt. Or, les obligations jouissent d'une pondération disproportionnée dans les bilans des caisses de pension. Les espoirs de sécurité se nourrissent de théories sur le risque qui, bien que falsifiées de longue date, demeurent quasiment les seules usitées, prometteuses pour les caisses de pension et leurs assureurs de taux à perte sur des années et des années. L'argument fallacieux d'une espérance de vie croissante sert à justifier les réductions des rentes.
C'est omettre un peu vite de préciser qu'un gain d'efficience d'un point assure, dans la durée, un relèvement de 40% du niveau des rentes. Rien qu'un mieux d'un quart de point permettrait aux caisses de pension d'absorber financièrement une augmentation annuelle de 0,5% de la durée des rentes. Pour y parvenir, il faudrait tout simplement améliorer les bases de financement en recourant à des véhicules de placement à fort rendement.
Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes. retour
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